Sélection des articles
SÉLECTION DES ARTICLES 2026 POUR LE PRIX 2027
Courtot, C. (2025).
Concilier vie professionnelle et accompagnement scolaire d’un enfant en situation de handicap Conséquences de l’inclusion scolaire d’un enfant avec un trouble du spectre autistique sur les parcours professionnels de leurs mères. Revue des politiques sociales et familiales, 154(2), 65-82.
Si l’inclusion scolaire est devenue la norme de scolarisation des enfants en situation de handicap depuis vingt ans, les enjeux et les conséquences de cette scolarité pour les parents restent assez inexplorés. Pourtant, la scolarisation inclusive des élèves en situation de handicap nécessite une présence forte des parents. En s’adossant aux récits de vie de 39 mères d’enfant ayant un trouble du spectre autistique réalisés entre 2020 et 2021 dans le cadre d’une recherche doctorale, cet article montre comment cette contrainte – essentiellement assumée par les femmes – bouscule leur parcours professionnel. Il analyse d’abord les stratégies mises en œuvre par les mères pour concilier leurs activités professionnelles avec l’accompagnement de leur enfant. Il montre ensuite, dans une perspective plus longitudinale, comment elles se saisissent de cette contrainte pour lui donner un sens et l’intégrer à leur parcours professionnel.
Morel, S. (2025).
La médicalisation de l’échec scolaire, vingt ans après : retour sur un phénomène controversé. Enfances & Psy, 104(3), 43-53.
Cet article propose une analyse des transformations du processus de médicalisation des difficultés scolaires en cours depuis vingt ans. En comparant les différences de perception du recours massif aux diagnostics médico-psychologiques pour interpréter les difficultés scolaires et aux professionnels du soin pour les traiter entre le début des années 2000 et aujourd’hui, il s’agit de mettre en évidence un paradoxe : la persistance, voire l’accentuation des pratiques à l’origine de la médicalisation des difficultés scolaires, alors même qu’un nombre croissant de voix s’élèvent pour en critiquer les effets, y compris chez ceux qui avaient initialement été ses plus fervents défenseurs.
Sociologue, maître de conférences en sciences de l’éducation ; université Sorbonne-Paris-Nord, experice.
Rosa Bortolotti
Enseignante chercheuse contractuelle en Sciences de l'éducation et de la formation à Cergy Paris Université.
Docteure en Sciences de l'éducation et de la formation - Laboratoire EMA - École, Mutations, Apprentissages
« La « panique » des éducateurs face aux pratiques numériques des jeunes de quartiers populaires », Sciences et actions sociales [En ligne], 24 | 2025, mis en ligne le 09 avril 2025, consulté le 22 septembre 2025.
Les réseaux sociaux numériques constituent aujourd’hui un support indispensable aux pratiques de socialisation de la jeunesse française. Les jeunes de quartiers populaires ne dérogent pas à la règle : les réseaux forment pour eux une extension de l’école, du quartier et de la rue. Dans le secteur de la Prévention spécialisée, le principe d’« aller vers » veut que les éducateurs rencontrent les jeunes « là où ils sont ». Si ces professionnels font de leur champ d’intervention « la rue », le quartier, les bas d’immeubles, au motif que ces espaces représentent les lieux de socialisation des jeunes, ils résistent à y inclure les réseaux sociaux numériques : leur méconnaissance contribue à réactiver des stéréotypes sur les jeunesses populaires urbaines, à laisser cours aux rumeurs et à alimenter un état de méfiance envers leurs pratiques numériques. Cet article propose d’explorer ce que l’on désigne comme un phénomène de « panique numérique » au sein de la Prévention spécialisée en étudiant les représentations des professionnels qui la sous-tendent.
Gaboriau, M. et Meuret-Campfort, E. (2025).
« Mieux qu’une fille ? » Reconfigurations familiales lors de l’emploi d’aides à domicile auprès de personnes âgées en perte d’autonomie. Actes de la recherche en sciences sociales, 260(5), 22-41.
À partir d’une enquête par entretiens auprès de personnes âgées ayant recours à une aide à domicile, cet article propose d’analyser les reconfigurations et les stratégies de reproduction des rapports de pouvoir au sein des familles au moment de l’entrée dans le grand âge des aîné·es. Les personnes âgées en perte d’autonomie, souvent envisagées comme objets des politiques publiques et des arrangements familiaux, sont ici pensées comme des acteurs et des actrices de leur situation de vie. En se concentrant sur le secteur du particulier employeur – quand le ou la bénéficiaire est aussi l’employeur·se direct·e de l’aide à domicile –, nous analysons les relations ambivalentes à la fois affectives et salariales qui se tissent entre les deux parties, en les réinscrivant dans des configurations familiales variées et des rapports sociaux de classe, de sexe, de race et d’âge. Pour les personnes âgées, le recours à des aides à domicile apparaît comme une manière de maintenir des formes de valorisation de soi et un contrôle sur sa vie, notamment vis-à-vis des enfants, mais toutes n’ont pas les mêmes ressources pour faire face au vieillissement. La qualification des relations avec les aides à domicile comme filiales ou amicales repose sur une sélection sociale et raciale des salariées et si elle se pense comme philanthropique dans les classes supérieures, elle sert d’abord à gérer l’embarras social vis-à-vis de la relation salariale dans les classes populaires. Enfin, en venant dans les domiciles laver, cuisiner et soigner, les aides à domicile assurent du travail assimilé au travail domestique effectué gratuitement par les femmes de la maisonnée dans d’autres circonstances ou temporalités. Cette assimilation questionne, voire concurrence, la place des épouses ou des filles tout en intégrant les aides à domicile aux obligations morales de la famille. Leur place centrale demeure néanmoins fragile tant ces liens peuvent être remis en cause face à des disputes proprement salariales ou au moment de la fin de vie de leur employeur·se.
Thizy, L. (2025).
« Maintenant j’ai pas honte » Le travail émotionnel comme résistance à (l’auto)stigmatisation de l’avortement. Revue française de sociologie, 121-151.
Cet article aborde le lien entre les oppositions à l’avortement, envisagées comme des formes de stigmatisation, et les jugements négatifs exprimés par les avortées sur elles-mêmes, qui relèvent de l’autostigmatisation. Il met en évidence la stigmatisation à laquelle sont exposées celles qui avortent, questionne les liens entre expérience de la stigmatisation et autostigmatisation et propose, dans la perspective de la sociologie des émotions de Arlie Hochschild, d’étudier une forme particulière – et genrée – de stratégie de contournement du stigmate : le travail émotionnel. Celui-ci se caractérise par les efforts faits pour agir sur ses propres sentiments et mettre en cohérence le choix d’avorter avec une expérience émotionnelle primaire souvent désagréable, en raison de la stigmatisation intériorisée et/ou expérimentée. Cette capacité varie selon les ressources sociales dont disposent les avortées et se recompose tout au long de leur trajectoire procréative.
